Restauration : La Commune a investi de gros montants. Un chef étoilé cuisinera… aussi pour la cantine scolaire.

Terrasse en suspens

L’investissement de la Commune est énorme: 9 millions au total, soit trois fois le budget de fonctionnement. Rachetée à une famille en 2010, la bâtisse abrite le restaurant de 72 couverts et trois appartements. Les loyers perçus viendront s’ajouter à celui des restaurateurs. Combien d’années pour amortir un tel investissement? «Ce sera très… très long, admet Karine Bruchez Gilberto. Mais l’important était que la Commune ait à nouveau un restaurant au bord du lac.»

Avec un bémol toutefois: la Commission des monuments, de la nature et des sites (CMNS) voit d’un mauvais œil le déploiement d’une terrasse provisoire sur le bandeau herbeux qui fait face au Léman. Pour l’heure, son préavis est négatif. «Nous allons insister et nous serons tenaces pour obtenir l’autorisation», annonce la maire de la Commune.

Du palace à la cantine

Sur place, le chantier arrive à son terme. La gérante s’affaire et son nom rappelle quelque chose aux gastronomes: Karine Manifacier. Elle n’est autre que l’épouse de Jérôme Manifacier, chef étoilé du restaurant Vertig’O de l’Hôtel de la paix, qu’il s’apprête à quitter. Il rejoindra son épouse aux fourneaux à Hermance, annonçant une «cuisine bourgeoise, familiale», tout autre que gastronomique. Le couple s’apprête même à cuisiner pour le restaurant scolaire voisin, dont les bénévoles de l’association n’ont pu poursuivre l’activité. On ne s’y trompe pas: les écoliers du village auront pour cuisinier un chef étoilé au guide Michelin. Il se dit à Hermance que les parents d’élèves sont enchantés.

Trop ambitieux?

L’ouverture prochaine du restaurant communal s’entoure donc d’enthousiasme. De soulagement également, après plusieurs années durant lesquelles la Commune a ficelé l’achat et la rénovation de la bâtisse. Mais la Mairie n’échappe pas aux interrogations. «C’est vrai, on peut se demander si c’est à une municipalité d’ouvrir un restaurant…» reconnaît Karine Bruchez Gilberto. D’autant que la commune de 1000 habitants possède déjà un restaurant, une pizzeria, une buvette et une épicerie tea-room. Le maire précédent a-t-il vu trop grand pour ce nouveau projet? «Le chantier est lourd, il nous a donné quelques cheveux blancs supplémentaires; mais si j’avais été à sa place, je l’aurais également fait», affirme celle qui lui a succédé.

Malgré des crédits votés à l’unanimité, les débats autour de ce chantier n’ont pas manqué entre les élus. Parmi la population, la question de l’attractivité touristique d’Hermance pointe à nouveau. Préoccupation majeure dans ce village prisé: le stationnement. Raison pour laquelle un projet de zone blanche limité à 4 heures sera prochainement mis à l’enquête publique. Cette solution sur mesure devrait limiter les abus des pendulaires tout en permettant aux visiteurs de profiter du village lacustre.

A plus long terme, les autorités souhaiteraient la construction d’un grand parking souterrain. «On ne veut pas qu’Hermance devienne une cité-dortoir, fait savoir Karine Bruchez Gilberto. Il faut rester attractif, sans devenir un village purement touristique comme Yvoire.» (TDG)

Extrait de la Tribune de Genève